A l’image de son travail de calligraphie et de peinture, les photographies contemplatives de l’artiste coréen Young Sé Lee s’ouvrent à l’immensité.

Depuis 2007 maintenant, l’artiste se retire chaque été sur quelque haute montagne, en quête de solitude où se retrouver. Là, reliefs, lumières, végétations, odeurs, tout est nouveau. Et tout l’incite à fixer la fugacité de ses émotions. Mais ce ne sont ni les paysages grandioses, ni les sommets majestueux qu’il cherche à retenir. Il s’intéresse au caillou, à l’herbe, au ruisseau, à cet infiniment petit qui révèle l’infinie grandeur de la création. Démarche pascalienne, sans doute aucun…. Nous n’y verrons pas de démonstration religieuse, certes, mais comment n’y pas déceler un certain mysticisme?

La tradition qui, en orient, place dès le 3eme siècle, l’homme dans un rapport intimiste avec la nature, trouve ici à s’exprimer par – et dans – la lumière. L’artiste promeneur cherche à capter l’essence du paysage qu’il traverse; son geste photographique se joue tantôt de la fulgurance du vent,  d’une éphémère lumière, ou , au contraire, de la lenteur des éléments qui, imperceptiblement transforment la nature. L’image, chaque fois, recèle un mystère: on ne reconnait pas, au premier regard, un miroitement sur un plan d’eau, une mousse agrippée à la roche, un instable névé ou un torrent frissonnant… La nature est poésie, non pas au sens romantique, mais parce que, en Corée, elle se lit naturellement comme un poème.

Young Sé Lee, par l’acuité de son regard, recrée le monde. Il voit ce que nous ne voyons pas. Ses images, qui ne sont  techniquement pas retouchées, révèlent une beauté qu’on pourrait croire artificielle ; la nature devient chose abstraite dont traits et volutes  construisent  une harmonie colorée à la fois familière et nouvelle.

Ainsi prétextes à la création d’une oeuvre sensible et poétique, aux résonances métaphysiques, ces paysages intérieurs, au delà de leur évidente sensualité,  nous renvoient au silence de nos solitudes.