Rêverie de l’espace infini et de la densité matérielle, l’œuvre de Young-Sé Lee prolonge l’horizon du monde visible et trouve ses racines dans l’expérience de la matière. Entre surface et profondeur, le regard est porté au loin, vers des étendues illimités de couleurs, et au plus près de la matière, dans l’agrégat des couches de papier.

Young-Sé Lee part du relief pour organiser ses tableaux. Dans le chêne et le contreplaqué, il sculpte des matrices, creuse des alvéoles, sédimente des épaisseurs. Puis de fines lamelles de papiers, humidifiées et encollées, épousent par estampage les creux et saillies du bois sculpté. Le support est mis en forme ; tamisé de lumières et parcouru de rythmes.

La matière de la rêverie est posée ; il n’est qu’à suivre les sentiers de ce réticule paysager. Young-Sé Lee s’abandonne alors à ses visions. Les couleurs envahissent la surface, s’immiscent dans les aspérités de l’œuvre. Fluides, elles sont parfois estompées par grattage ou ravivées par l’excroissance des papiers.

 

Couleurs et reliefs font corps dans cette œuvre. Déployées en variations subtils, camaïeux vifs ou sourds, les tons courent le long des sillons du papier, répondent aux lumières du support. Des ponctuations indicibles- une note colorée, une bande de papier- harmonisent et soulignent la vibration du tableau.

Dans le travail de Young-Sé Lee, peinture et sculpture s’unissent pour concilier l’enveloppe et les dessous de l’œuvre. L’œil voyage dans l’épaisseur de la matière, dans les parcelles infimes de sa texture, pour être aussitôt projeté dans l’étendue illimitée de la couleur. Le tableau est un microcosme, structure intime des rythmes de l’univers.

Virginie Gimaray